Le Monde flottant des arts visuels

Première exposition virtuelle lancée sur la plateforme Archivart

La situation actuelle suscite toutes sortes de réflexions. Il est difficile de définir le monde d’après, le monde Post-Covid. C’est assez troublant qu’un modeste virus soit parvenu en quelques mois à stopper toute la machine économique, industrielle, commerciale et créative à l’échelle mondiale. La parole des intellectuels, des penseurs, des créatifs…se trouve en perte d’autorité. De ce point de vue, se dégage la difficulté à assigner ce qui se passe, ce qu’on y voit, à un degré de réalité déterminé.

La fermeture de tous les lieux où souffle l’esprit ou la rêverie – cinémas, théâtres, salles de concert, opéras, musées, galeries… – frappe en plein fouet. Il y a de l’incertitude, de la tension sur la « scène ». Cette scène des arts qui demeure un lieu instable sans cesse soumis à des troubles, à des agitations.

Néanmoins, l’incertitude ne signe pas forcément l’arrêt de mort de la création. Au contraire, on peut inventer des solutions en confrontant la réalité dramatique illusoire de ce monde et la réalité pratique. Et l’incertitude mais aussi le flottement de la scène artistique ont été et sont toujours exploitées de la sorte et ce, lorsque l’espace de réalité et l’espace de lucidité – espace créé par les artistes- ne s’obstruent pas l’un l’autre, mais coexistent.

La réalité de ce monde n’est jamais figée : on la saisit toujours comme ayant-pu-être-autrement, toujours en lien avec le geste et ou le mouvement qui l’a produite, en gestation. C’est cette instabilité, c’est ce flottement qui est le moteur de la créativité. C’est finalement le reflet de la pensée créative que le monde des arts visuels donne à voir.

Entre flottement et tension, l’œuvre à la fois statique et mouvante est une invitation au rêve, à la contemplation de la fragilité mais aussi à l’imagination du monde d’après.

Mais quelles sont les limites de l’engagement de l’artiste dans ce monde d’après ? Doit-on appréhender les œuvres artistiques comme des manifestes politiques?

Pour les artistes de l’exposition virtuelle « Le Monde flottant des arts visuels » (lancée sur archivart.co du 5 juin au 01 juillet 2020), il s’agissait d’essayer de saisir, dans un même mouvement, la production du sens, la construction du réel, le fonctionnement de la société et la réflexion artistique, avec une dimension inévitablement politique, économique, sociale et surtout poétique.

Le langage formel de chaque artiste, le sens donné à chaque œuvre véhiculait une pensée particulière, réinventant ainsi le monde d’après…

Témoignages

« C’est un peu moi dans le chaos de mes silences, dans le « pas » comprendre que l’ordre du monde n’est pas immuable, que l’on ne naît pas enfant pour le rester toujours, et que les adultes ne sont pas « adultes naît. »  » De l’artiste Meriem Bouderbala

Je m’éveille, tout est silence, le jour est un autre jour, le monde est à l’arrêt. Une ascèse imposée, censée, par la modification des états de conscience qu’elle entraîne, mener à la contemplation ou à la réalisation intérieure.
Une lutte contre l’âme charnelle, siège des passions et des penchants égocentriques, du soi, individualité illusoire.
La nécessité d’une telle coïncidence, place finalement l’homme au-dessus de l’effort volontaire.
Les besoins dits « essentiels » sont, désormais les dûs de l’âme.
Demain est déjà un renouveau.” De l’artiste Bessma Heddaoui

“Le déconfinement nous a rendu le monde extérieur. Un monde bien étrange dans lequel on ne sait plus se placer. Même la pellicule de mon appareil photo glisse et sur impressionne des moments flottants. Une attente, une errance, et des volets qui se ferment. Car c’est le sentiment qui nous lie tous: l’attente. Mais de quoi ? L’incertitude se lève comme un brouillard qui enveloppe de temps à autre les journées. Seul le ciel bleu, fidèle à son poste, demeure.” De l’artiste Amandine Lesage.

« Le monde Post-covid est un monde avide de liberté, d’actions, d’urgence, de récupération, de retour à la ‘normale’ mais il faudra alors passer par une transition lente et pénible pour réparer les mœurs, extérioriser un désarroi intérieur et vomir une peur contagieuse.

Mon souci étant de capturer la trace d’une atmosphère inquiétante qui flotte au-dessus de nous. Il s’agit alors de dessiner pour reconnaitre son impact sur un corps désormais fragile, d’imaginer sa trace, une trace qui dépasse la superficialité de l’épiderme et s’empare des organes intérieurs. Ceux -ci parfois tordus, parfois altérés ,parfois exclus et parfois remplacés. En extériorisant sur feuille blanche ce qui demeure à l’intérieur, en donnant forme à une expérience, j’essaie de digérer silencieusement ma période Covid19.” De l’artiste Safa Attyaoui.

 

Sortir, dépoussiérer ses habits
Agiter son corps de l’intérieur
Pour retrouver la route
Ouvrir les placards
Agiter les momies sans âge
Et recréer le temps
Pousser les espaces au bord de la falaise
Fermer les yeux et défaire les images
Une par une
Les images du silence
Les images des chaises retourneés
Les images des draps pliés
Les images des nids que les corbeaux ont tissé
Dans les ourlets
Sortit et renommer les couleurs
Une par une
Sortir et inventer un autre alphabet . » De l’artiste Marianne Catzaras

Saisir le temps. L’émotion d’une silhouette furtive ou le flot d’une foule soulignent la fissure entre le passé et le présent. Passerelle entre époques. Figer les réminiscences de la condition humaine et l’émotion des lieux, nous rappellent les peines des gens et suscitent l’empathie tel un écho irréductible d’un passé douloureux.
Les changements, les catastrophes et les tragédies humaines, causes de tourments, sont les témoins du passé, dans la réalité d’aujourd’hui.
Honorer ces ombres, témoins de tragédies silencieuses, j’offre mon regard à ceux que l’on a oubliés, transparents et discrets qu’ils sont. Les images sont légères et en mouvement car le sujet est vivant et la lumière s’en fait l’écrin le temps d’un passage furtif dans nos vies, une émotion discrète et insaisissable pour celui qui ne sait pas ou ne veut pas voir.
Se souvenir des joies qui nourrissent l’espoir, car l’espoir, aussi, agit par nécessité : le cri du silence après la peur, l’abandon et l’exil. Les souvenirs d’enfance ressurgissent comme pour libérer les gens et leurs âmes.  » De l’artiste Othmane Taleb.

ARTISTE: Najet Edhahbi

عنوان العمل: اقتباس كافكاوي

 » ليس لدي ذاكِرة قوية للأشياء التي قُمت بتعلُّمها ، ولا حتى للأشياء التي قرأتها في الكُتب ، أو الخِبرات أو الأشياء التي مررتُ بِها أو سمِعتها. لا أستطيع حتى تذكُر الأشخاص أو الأحداث جيداً. فدائماً ما اشعُر بأنني لم أُجرِب أو تعلمت أي شيء بعد .أشعُر بأن مِقدار معرفتي أقل من الطالب المتوسط ، وأن كُل ما أعرفه ومررت به هي اشياء سطحية للغاية. فأنا أيضاً غيرُ قادِر على التفكير بتأني مِثل الآخرين. أستطيع أن أشعُروأفهم حقيقة الأمور جيداً فى عُزلتي، ولكن تفكيري مشوش ، ولا استطيع أن أسرِد حكاية على نحو مُتماسك وصحيح ، في الحقيقة حتى الحديث انا بالكاد أقدر عليه. » فرانس كافكا

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