Sami

Ben Ameur

avec une approche
unique et une passion fougueuse.

Ce que j’essaie de mettre en œuvre dans ma pratique artistique plastique depuis les années 80 jusqu’aujourd’hui, est l’actualisation consciente des virtualités en réserve de la fécondité des matériaux et des outils. J’aspire à une œuvre s’ouvrant d’une manière ambiguë sur le futur, fluide soumise à des transformations équivoques. Mon expérience plastique court constamment après des effets heureux à l’intérieur desquels les causes se révèlent petit à petit, se manifestent dans leur essence, démasquent l’imprévisible, surmontent l’obstacle et gagnent du sens. Le chaos, la fragmentation de l’espace pictural, les formes entremêlées, les lignes et les textures enchevêtrées, les abondances du matériau, la richesse de ses effets imprévisibles et accidentels que laissent apparaître mon œuvre picturale au moment du faire, me renvoient à des sensations brutes qui se transforment par la suite en perception significative provocant les instances les plus profondes en moi. Ils deviennent à l’origine de plusieurs suggestions et d’interprétations différentes. Mon exposition rétrospective de 2015 à la Maison des arts du belvédère, intitulée Sami Ben Ameur : hier et aujourd’hui, a révélé mon parcours artistique à travers ses différentes étapes et a souligné ses continuités et ses ruptures : Du photogramme, support et forme picturale ou collage optique (1987 –1989), aux collages peintures » (1990 – 1993), vers les collages simulés (1994), jusqu’à mes peintures reliefs incluant mes espaces fœtaux, souterrains, physiques, minéraux, célestes… (1995 – 2014) je continue dans mes œuvres à vénérer notre terre mère, à voyager dans sa surface solide pour ressentir ses étendues indéterminées et ses manifestations lumineuses sereines et à naviguer dans le cosmos pour mieux écouter sa symphonie, en me fiant davantage à l’énergie du geste, à la luminosité des couleurs et à l’immatérialité des espaces et à fouiller la terre, comme un archéologue, pour interroger la mémoire. Mon onirisme relevant de mes entretiens fantastiques et fantasmagoriques avec un monde de bestioles qui envahit parfois mes tableaux, est rendu possible par les suggestions de la couleur et les matières diverses devenant collaboratrices. Les êtres peuplant la surface de mon tableau et assurant sa structure topologique grâce à leur répartition uniforme, ne sont en fait que de simples taches et entrelacs de couleurs. Par leurs combinaisons différentes, j’ouvre la voie à des révélations multiples de ses formes et à des expressions variées de ses êtres. C’est de la couleur et des imbrications des matières, qu’émergent dans mes peintures relief mes signes fœtaux, figuratifs, mes espaces souterrains ou lointains, ou même mes paysages. Le recours à l’écriture arabe à caractère mystique et cosmique, apparaissant de l’intérieure des matières, confèrent à mes représentations terrestres et cosmiques, une charge culturelle et spirituelle spécifique. Mes peintures relatives à l’exposition « Nature intime » qui a eu lieu à la galerie Ghaya en 2016, est le prolongement de cette démarche. Elles ne sont point une imitation du perçu ou une promenade romantique, ni perception impressionniste des effets oculaires, mais plutôt genèse, mélodie naissante, contact du fini avec l’infini. Elles sont une concertation entre deux mondes : extérieur et intérieur ; champ large où se rencontrent ces deux intimités dans un dialogue spécifique régi par un faire plastique revendiquant ses exigences, ses spécificités et ses imprévisibilités. Elles sont un nouveau monde émergeant et chant du cosmique. Quête de l’invisible, elles sont sérénité, amour de la vie, paix de l’âme, intimité des pensés, dans ce monde clinquant, artificiel, turbulent, voire décevant et manquant de spiritualité. Avons-nous besoin plus que jamais, aujourd’hui, d’écouter davantage la voix de la nature et de mieux se fier à nos cordes intimes et à notre esprit intérieur ? Ma peinture est résistance. Que cette terre puisse continuer de tourner. Durant la même année de 2016 et dans, j’ai eu l’occasion de réaliser une installation in-situ intitulée « Mémoire renouvelée » et ce durant les 23 et 24 avril de la même année dans une ancienne demeure sfaxienne nommée Borj Mnif qui date de la fin du 17ème siècle et qui se trouve aujourd’hui menacée de disparition faute de restauration. Dans cette installation in-situ, regroupant peintures photographies et vidéo, j’ai exploré la mémoire qui m’a fait revivre des images. J’ai fait parler les objets, en me référant à la fois à ma mémoire personnelle qu’à la mémoire collective. J’ai interrogé les objets intimes et emblématiques, devenant des fois support pictural. Je me suis intéressé à l’hybride et à la viralité de l’art. J’ai réfléchi également sur le rapport, sur notre présent confronté aux défis de la mondialisation, à la perte de valeur et au fanatisme. J’ai prôné le dialogue entre les cultures et le rapprochement des civilisations. Dans mon exposition Ether et mélodie qui a eu lieu en 2018 à la galerie Kalysté, j’ai poursuivi également ma quête à découvrir l’univers de cette terre, dans sa dimension cosmique, sa mémoire, son intimité, son essence et ses sens les plus profonds. Dans cette série d’œuvres, la légère pâte colorée interfère avec la couleur fluide, l’opaque avec le transparent, et le sombre avec le lumineux. On y voit souvent se manifesté le flou et l’infini grâce à la couleur qui se noie dans le blanc périphérique de la toile, pour nous permettre de toucher les rythmes éthériques, riches de représentations visuelles, acoustique et tactiles. Au fur et à mesure de ma progression dans mon expérience artistique, je me rends compte que la pratique artistique est un jeu risqué, tirant de l’univers ses épreuves et aboutissant à un monde instable, variable, fluide comme l’eau de source, capable d’accéder à l’au-delà du visible. Aujourd’hui et dans cette atmosphère cosmique envenimée par l’intrusion du Corona Covid 19 dans notre planète, et pendant cette période de confinement, je me trouve engagé dans une recherche plastique numérique intitulée, Menace ou Toucher fatal, dans laquelle je traduis à travers des peintures numériques, la situation tragique dans laquelle nous nous sommes trouvés tous séparés, isolés et menacés de mort. Une expérience qui sera couronnée dans les jours qui suivent, par une éventuelle exposition virtuelle. L’artiste plasticien, n’est-il pas celui qui sait s’adapter aux nouvelles situations, celui qui peut varier ses techniques pour répondre aux exigences de son environnement et de ses éventuels changements. Les nouvelles technologies sont à cet égard, d’un apport considérable.

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