Cette part de vestiges en moi…De Sonia Ben Slimane
Que ne ferait-on pas pour «toucher» le grain brûlant de la ruine, des vestiges d’antan?
Objet de rêverie et de désir, les ruines et les vestiges accèdent aux temps révolus, font raisonner des histoires de nos ancêtres, ouvrent un espace d’écoute et de mémoire partagée, où les récits laissés en marge trouvent enfin un lieu pour se dire, dans le souffle du vent. Se saisir de l’imaginaire de Sonia Ben Slimane, de ses contes et de ses créatures symboliques, nous amène à parcourir l’histoire de la sensibilité du temps et de ses traces dans un espace parallèle de libre interprétation.
L’œuvre de Sonia Ben Slimane est profondément marquée par ce retour au préliminaire, au primitif auxquels tout se mesure. Ce rapport au passé va lui donner les moyens d’atteindre le monde qu’elle ressent, mais encore plus l’encourager à distendre le réseau des représentations pour remonter vers un sentiment de la vie intérieure et irréductible à toute image. Il s’agirait de rendre ces images, dans leur fragilité, dans leur ruine, réceptives à une résonance, celle de la pure subjectivité.
Sonia Ben Slimane évoque une sorte de jubilation à rendre hommage aux vestiges «retrouvés». Son exposition «Cette part de vestige en moi…» s’inspire de peintures rupestres d’Altamira et de la grotte de Charama Cave, ainsi que d’anciennes tapisseries d’Asie de l’Est. Chaque œuvre apparaît comme un fragment exhumé du passé. Son univers, proche du réalisme magique, est nourri d’imaginaires, de contes et de poésie. Taureaux et renards y deviennent créatures symboliques, dans des scènes où la logique s’efface : poissons volants ou citrons éclairant le ciel ouvrent un espace d’exaltation créative. L’artiste serait habitée par une fréquentation quotidienne des poètes qui lui sert à atteindre ce monde qu’elle ressent et de retrouver un monde d’enfance qui lui est propre et magique. Le surréalisme en tête, lui délivre des pesanteurs d’une réalité irréelle.
Au cours de son parcours fleuri par d’intenses recherches, et par le développement d’un univers personnel, mûrissent et s’élaborent les ferments d’une pensée, d’une approche différente, maintes fois dévoilée à nos yeux comme une réinterprétation poétique et surréaliste des paysages, terres et vestiges de la Méditerranée ; un monde qui nous rappelait l’univers et la lumière de Joan Miro. L’œuvre de Sonia Ben Slimane s’inscrirait, à cet égard, dans une démarche artistique de Miro et de sa réflexion qui consiste à placer l’artiste dans le vaste contexte des poétiques du mythe, contemporaines de son œuvre. «Que Miro ait voulu parer ses créations de feux mythiques signifie qu’en sympathie avec le surréalisme et avec d’autres sensibilités proches (celles, en particulier, d’André Masson, de Michel Leiris et de Georges Bataille), il a été saisi par le désir de faire résonner, dans l’édifice brisé des formes de la représentation, la vibration éclatante des origines.»
Cette pensée irrigua l’œuvre de Ben Slimane jusqu’en ses ultimes prolongements.
Les oiseaux, la terre, le soleil, les citrons, les chats, les dunes…que l’on retrouve tout au long de son œuvre, baignent dans l’infinité du ciel et de la terre et dans la passion du détail. Ils vibrent dans un univers enchantant, rupestre et ouvert sur le monde.
La réalité peut-elle résister à une telle imagination ? Poser cette question, c’est questionner aussi le rôle du passé, celui de demander de quoi le présent fût tissé et imaginé ?
Les références transposées par l’imagination et l’art de Sonia Ben Slimane acquièrent une certaine intériorité. Elles sont l’effet de la qualité d’une certaine intériorisation qui s’initient à la musique et à la poésie de l’être. Ce sont des vestiges rêvés.
- Wafa Gabsi Takali