Le Reste – Exposition personnelle de l’artiste Baker Ben Fredj – Texte de Sofia Guerfal Bouteraa

Le Reste

Chez Baker Ben Fradj, l’œuvre naît de ce qui demeure après le passage du geste, du temps et de la matière. Le Reste n’est ni un résidu ni un manque, mais ce qui persiste : trace, empreinte, fragment chargé de mémoire. La gravure devient alors un espace où l’image ne se fixe jamais définitivement, mais se recompose à partir de ce qui a été usé, répété, déplacé. Ce qui apparaît n’est pas l’aboutissement d’un processus, mais l’état provisoire d’une transformation continue.

La pratique de Ben Fradj repose sur une logique du faire et refaire, non comme reproduction fidèle, mais comme acte de déplacement. Chaque reprise introduit un écart, une altération, une tension nouvelle. L’artiste travaille la plaque, la surface et la matière dans une relation physique intense, laissant agir l’acide, la pression, le frottement et l’usure. Le temps s’inscrit ainsi dans l’œuvre comme une substance active, visible dans les strates, les cicatrices et les zones de silence qui structurent l’image.

Les œuvres se construisent par accumulations successives, par superpositions et effacements. Gravure, peinture, collage, impression et marouflage se rencontrent dans un langage plastique hybride, affranchi des frontières disciplinaires. Cette pluralité de techniques ne relève pas d’une juxtaposition formelle, mais d’un mode de pensée : celui d’une image ouverte, instable, qui accepte l’intervention du hasard et l’imprévisible de la matière. Chaque surface devient un champ d’expériences où le visible se forme lentement, au rythme des gestes répétés.

L’univers visuel de Baker Ben Fradj est traversé par des formes organiques, végétales et animalières, issues autant de la mémoire intime que de la mémoire collective. Ces figures ne sont jamais données comme des représentations directes. Elles se transforment en signes, en rythmes, en structures graphiques. Le motif se fragmente, se multiplie, se dilue, jusqu’à devenir une trace plus qu’une image. La nature n’est pas citée, elle est reformulée comme un système vivant, en perpétuel devenir.

La répétition occupe une place centrale dans ce travail. Elle ne produit pas l’identique, mais génère de la différence. Chaque retour du motif modifie l’ensemble, introduit un déséquilibre, ouvre un nouvel espace de lecture. L’image avance ainsi par variations, oscillant entre stabilité apparente et mouvement interne. Ce qui se répète n’est jamais exactement le même, mais ce qui insiste, ce qui résiste à la disparition.

La couleur, souvent dense et stratifiée, agit comme une force de tension. Elle n’habille pas la surface, elle l’envahit, la travaille de l’intérieur. Tantôt diffuse, tantôt concentrée, elle participe à la sensation de profondeur et de vibration, empêchant toute fixation définitive du regard. L’œuvre semble toujours en suspens, comme si elle pouvait encore se transformer.

Dans Le Reste, Baker Ben Fradj interroge ce qui subsiste après l’effacement. Chaque œuvre apparaît comme un fragment de mémoire, un seuil entre apparition et disparition. La gravure s’y affirme comme un acte vivant, où la matière conserve, dans ses plis et ses empreintes, les traces d’un monde traversé par le temps, la répétition et la transformation.

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